blog from the dead

Dalí au Centre Pompidou : « I am surrealism »

In Briller en société, Quand on prend l'air on 26 novembre 2012 at 19:08

Par LiliZ’, la culturée du moment.

Cela faisait bien trois décennies que notre Salvador tant aimé n’avait pas fait d’apparition à Beaubourg. Si le surréalisme n’est pas réductible à cet artiste, il lui doit quand même une fière chandelle ! C’est pourquoi le Centre Pompidou (spécialisé dans la création moderne et contemporaine) lui rend hommage du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013…

Beaubourg en nocturne

Depuis quelque temps, des tonnes de publicités fleurissaient à Paris, provoquant instantanément des spasmes dans tout le corps, des frémissements à l’œil gauche et un torrent de bave au coin de la bouche des amateurs d’art. C’est donc avec entrain que je me suis rendue à cette exposition tant attendue à 21h, samedi soir (notons au passage que j’allais au musée plutôt que de boire des bières dans un bar, c’est à souligner). Le CNAC (Centre National d’Art et de Culture Georges-Pompidou) n’est pas seulement composé d’un musée, c’est aussi une librairie, deux salles de cinéma, une bibliothèque publique, une autre consacrée à l’art du XXème siècle, une salle pour des ateliers d’enfants, etc. Il est alors très agréable d’y aller, surtout la nuit pour avoir une belle vue en hauteur sur Paris. En plus, aller voir des œuvres d’arts la nuit permet de ne pas se taper toute la foule comme les classes primaires par exemples. Bref on entre et là, dans le hall, il y a déjà une création gigantesque qui donne le ton de la soirée.

Un gros zavion !

Un parcours dalíesque, entre chronologie et thématiques

La première installation nous fait clairement entrer dans l’univers de l’artiste puisqu’il s’agit d’un cocon blanc où une lumière blanche bouge au son d’un battement de cœur. On y voit Dalí, en position fœtale. C’est bon, on y est. Les panneaux (en français et en anglais s’il vous plaît) expliquant les périodes créatives de l’homme, ses inspirations… ne délimitent pas l’espace de l’exposition. On se balade, libre d’aller où l’on veut et cela modifie totalement l’ambiance. Sept explications viennent alors ponctuer les 120 tableaux et autres dessins, films, objets, projets et documents d’archive :

  • L’ultralocal et l’universel : Dalí prend appuie sur sa ville natale, Figueres, pour transformer son environnement naturel en un paysage mental et universel. Beaubourg propose Autoportrait au cou raphaélesque, vers 1921 pour illustrer ce propos.

  • De la residencia de estudiantes aux voies du surréalisme :  Installé à Madrid, il fait la connaissance du poète Lorca et du cinéaste Buñuel et ses œuvres vont tendre vers une poésie entre l’univers et la biologie macabre des corps. En 1928, le doute n’existe plus quant à l’influence d’un certain Miró et Yves Tanguy sur la peinture de Dalí.
  • Le surréalisme et la méthode paranoïaque-critique : Il rencontre Gala et les surréalistes (1929) et tout va alors changer. Il fonde la méthode paranoïaque-critique qui permet par inversion de ne pas devenir la victime du délire mais plutôt de le promouvoir aux yeux du public. Des thèmes dérangeants apparaissent donc dans ses créations comme la mère blasphémée, la masturbation, l’amollissement des objets. Il interprète l’ Angelus de Millet comme le moment où la paysanne, telle une mante religieuse, va dévorer son mâle. Le paysan cache d’ailleurs son sexe avec un chapeau. Il évoque aussi le cadavre de leur enfant aux pieds de la brouette.

Voici l’une de ses interprétations.

  • Mythes et Histoire : Au sein de son groupe de surréalistes, il se veut au « service de la révolution » mais sans préciser laquelle. Face au communisme, à la guerre civile espagnole, il revendiquera le mythe artistique de la libération.
  • Théâtralité : Dalí fut sans cesse théâtral dans sa personnalité comme dans ses créations. Dès 1927, il s’ouvre au cinéma (Un chien andalou) avec son ami Buñuel (leur second film fut interdit tant il était blasphématoire).
  • Science, mystique et théorie : Le « Mystique nucléaire » lui permet d’exorciser des évènements marquants comme Hiroshima et Nagasaki, en reliant la science dure et le mysticisme. Il développe son sens du cosmos à travers de nouvelles expérimentations.
  • Autoréférence et grandes machines : Il se livre à une introspection à travers des œuvres classiques, traditionnelles en revisitant les nouveaux médias comme la télévision.

Une présentation vivante

Les installations mises en place par le Centre Pompidou rendent compte de la diversité artistique de Dalí. Visuellement, on n’a pas à faire à une exposition statique avec de simples tableaux posés sur des murs. Il y a du mouvement partout où l’œil se pose. Par exemple, la présentation des tableaux est aérée, certains sont au milieu des salles, accrochés à des grands carrés blancs et la lumière est soignée. Il y a des coins dédiés à des films, à des archives mettant en scène Dalí et c’est ainsi que l’on peut entendre sa voix résonner dans toute l’exposition. Une salle de cinéma passe des reportages sur lui (environ 1h chacun). Pour ceux qui se fatiguent en cours de route, un dessin animé a même été prévu pour reposer le cerveau. Mais c’est un leurre car le Disney en question (Destino) demande certainement 100x plus d’analyse pour le comprendre que le plus complexe des tableaux de Dalí !

Des animations sont à disposition du public comme le jeu qui présente deux fois le même tableau (chacun pour un œil) et où il faut s’avancer au plus près du centre des deux tableaux pour n’en voir qu’un au final. Le « stand » qui a le plus de succès est la reconstitution de l’installation présentée au Teatre-Museu de Figueres. Vous pouvez alors vous prendre en photo assis sur la bouche de Mae West ou avec plus d’imagination vous couchez par terre pour lui faire des moustaches.

La dernière partie de l’exposition offre un cercle sombre, avec moquette en spirales blanches et noires, où des télévisions diffusent des interventions de Dalí. L’ambiance fait très moderne, presque futuriste avec un côté psychédélique.

Petit bémol, j’aurai aimé voir davantage de tableaux dans sa période « amollissement des objets », un de ses autoportraits par exemple. Il manque beaucoup de ses grands classiques que le public aime, mais on ne peut tout réunir en une seule exposition…

En bref, l’exposition dure jusqu’au 25 mars 2013 mais n’est plus ouverte le soir. Le tarif est relativement cher me direz vous (13 euros/10 euros pour les moins de 25 ans) mais ce n’est pas tous les jours que l’on traîne nos fesses à une exposition et il faut prendre en compte tout le travail accompli pour créer une telle manifestation. Bien entendu, il y a toujours l’Espace Dalí dans le XVIIIème arrondissement de Paris, quelques publications (Le Monde, Télérama, des catalogues divers et variés…), des conférences comme un colloque international le 23 et 24 janvier 2013 (à Beaubourg), la projection du film Un chien andalou, etc.

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