blog from the dead

Killer Joe

In Briller en société, Pour éteindre le cerveau, Sur les écrans on 16 septembre 2012 at 07:46

Par Captain Flemme, l’homme qui a vu l’homme.

Bien le bonjour fidèles lectrices et lecteurs, voici le tout premier article de la rentrée ! Au programme du jour, un tout nouveau flim, sorti en salle le 5 septembre, j’ai nommé :

Killer Joe !

Bon, tout d’abord, parlons un peu du réalisateur.
Le nom de William Friedkin n’éveille sans doute pas grand chose à la majorité des lecteurs de ce blog, je vais donc vous faire un bref topo. Il est surtout connu dans nos verts pâturages pour trois films : French Connection, L’Exorciste et La Chasse (The Cruiser en anglais).

Nous pourrions donc directement le mettre dans la case des réalisateurs pas très finauds, alors qu’en fait pas du tout ! Lors d’une interview réalisée sur France Inter le 31 août (podcastable ici), il nous dévoile l’étendue de sa culture cinématographique. Il nous apprend par exemple qu’il a eu envie de faire du cinéma en voyant Citizen Kane. Du côté de ses influences, on ne peut manquer de citer les cinéastes de la Nouvelle Vague française.

Pour ceux qui l’ignoreraient, la Nouvelle Vague est un regroupement de réalisateurs français de la fin des années 1950. Globalement, c’est le grand mouvement cinématographique français de cette période. On peut compter parmi ses représentants des hommes tels François Truffaud, Jean-Luc Godard, Alain Resnais, …

Pourquoi cet aparté ? Parce que justement, leur manière de filmer, extrêmement saccadée, avec des plans enchaînés sans rapport apparent (comme dans Hiroshima mon amour par exemple) est reprise et intégrée consciemment par le réalisateur.

Tout cela pour vous dire que notre ami sait ce qu’il fait et qu’il maîtrise son sujet.

Petit point histoire maintenant.

Au départ, il y a un fait divers sordide : le meurtre d’une mère par les autres membres de sa famille : son mari et ses enfants. La raison : une histoire d’assurance vie minable. A partir de cela, William Friedkin va créer un film assez étrange.

L’histoire se déroule au Texas. Chris est dans la merde. Il doit 6000 dollars à un gros dealer du coin. Tout ça, c’est à cause de sa mère qui a revendu sa came. Pour s’en sortir il monte avec son père, Ansel, divorcé, et sa soeur, Dottie, une sordide arnaque à l’assurance. En effet, il se trouve que leur mère possède une assurance-vie de 50 000 dollars dont Dottie est la bénéficiaire. Ils embauchent un flic, qui, pour arrondir ses fins de mois, est aussi tueur, Joe Cooper.
Comme le paiement ne peut se faire avant le meurtre, ce policier demande une caution en la personne de Dottie. Tant qu’il n’y aura pas eu paiement,  elle lui appartiendra.

De cette trame de départ émerge quelque chose d’éminemment… bizarre. En effet, comme vous vous en doutez, tout ne va pas se dérouler comme prévu. Faisons donc une courte pause pour vous permettre d’admirer une affiche américaine du film.

Les cinq premières lignes expriment bien tout ce qu’est ce film. Petite traduction moisie pour les non-anglophones :

« Une histoire de meurtre tordue et frite, texane et beauf, de camping de caravane ».

Bon on peut aussi se pencher sur cette magnifique image d’aileron de poulet frit en forme de Texas. En bref, cette affiche représente sans doute bien mieux le film que la précédente : c’est beauf, c’est texan, c’est gras et c’est sanglant.

Quant aux personnages, ils sont très bien élaborés, ils ont de la profondeur, mais nom de dieu qu’ils sont débiles (ou fous, au choix) ! Le père de famille, Ansel, est un gros nul, habitant en caravane, divorcé et remarié, qui ne pense pas, qui regarde le monster truck à la télévision tout en buvant des bières.
Chris a juste un don pour se foutre dans la merde. Il ne fait que parler. Après avoir réussi à foirer une ferme de lapins (si, si) il se reconvertit dans la vente de stupéfiants, et est dans la merde sus-nommée (dans le synopsis). Pour des raisons que je ne peux dévoiler ici, je peux vous assurer qu’en réalité il est aussi con que les autres.
Quant à Dottie, elle est juste allumée. Outre ses crises de somnambulisme, elle demeure complètement à l’ouest. Ses propos n’ont pas grand sens, elle apprend le kung fu en regardant des films à la télé. Elle est le pendant « calme » de Chris, toujours en mouvement.
Et Joe Cooper dans tout ça. Eh bien… comment dire… Il est hallucinant. Bon déjà, c’est un flic qui tue des gens pour l’argent. Il joue à merveille le rôle du mec froid. En fait, l fait très cow-boy, voire Texas ranger, mais en méchant : chapeau noir, lunettes de soleil, le cure-dent, la veste noire. Il a le regard ténébreux. En bref, il se la joue sévère. Mais il n’en demeure pas moins un gros raté comme les autres, il est juste un poil plus intelligent.
Il faudrait encore parler de Sharla, la seconde épouse d’Ansel. Disons seulement qu’elle ne supporte pas Chris. Le reste, vous le découvrirez.

Étonnamment, ces personnages m’ont fait penser à ceux de Ken Loach : de gros ratés qui nagent pour survivre. Bon, bien entendu, nous sommes très loin de l’ambiance somme toute bon enfant de La Part des Anges ou de Looking for Eric (avec un Eric Cantona excellentissime). Dans la même idée, on trouve aussi les personnages de Ben Weathley dans Kill List, excellent film sorti en ce mois de juillet. Je tiens à signaler que je ne parle là que des personnages. Au passage je vous conseille vivement ces trois films, surtout Kill List, si vous avez le cerveau bien accroché.

Si l’on va plus loin dans la comparaison cinématographique, Killer Joe c’est aussi un énorme mélange de entre The Big Lebowski et No Country for Old Men. Ce que j’entends par là, c’est qu’on dirait un film des frères Cohen mêlant sérieux et délire violent.

Je vous propose de savourer la bande-annonce de notre film :

Bon, alors, convaincus ? Cette espèce d’ambiance délétère, cette famille qui même après un meurtre et avec un tueur à table, dit le bénédicité ? Cette amoralité totale ? Avouez que c’est… sympathique tout de même.
Il faut savoir que le film entier est sous tension : plans brefs, dynamiques, personnages tous en conflits à un moment ou à un autre, …

Quant aux acteurs, il sont vraiment vraiment bons. Il faut un sacré jeu pour camper un idiot (comme Thomas Haden Church campant Ansel – on le connait aussi pour avoir joué l’Homme Sable dans Spidey 3). Mais la palme revient à Matthew McConaughey qui est plus que crédible en texas ranger tueur salopard barré.

Alors bon, pour finir, il vous faut savoir que les critiques ne sont pas toutes favorables. Je citerai ici le journal La Croix : « Franchement, on ne voit pas l’intérêt ». A l’inverse, celles de Libération, du Monde, de Charlie Hebdo et de nombreuses autres sont beaucoup plus enthousiastes.

Voilou, je vous remercie de votre lecture, j’espère que vous êtes conquis (bon après, faut aimer la violence gratuite). Que vous faut-il donc retenir :

Killer Joe c’est violent.
Killer Joe c’est bien.
Killer Joe c’est pas du poulet.
Killer Joe n’est pas Tony Chu.

Publicités
  1. Des fois j’y repense. Surtout à mon trauma’ de la fin la plus WTF jamais filmée… Et je me dis que si je me fais attaquer chez moi faudrait que je pense à la boîte de conserve en tant qu’arme plutôt utile quand il s’agit de démolir le portrait… mouais…

C'est ici qu'on commente

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :