blog from the dead

Mon harcèlement de rue

In Université Le P'tit Zombie on 7 août 2012 at 21:32

Par LiliZ’, la femme muette du moment.

C’est un des sujets de société actuel dont on parle le plus : les femmes dénoncent des attitudes, des gestes et des paroles insultantes au quotidien lorsqu’elles se promènent dans la rue. J’ai un vagin (à première vue), je me suis déjà faite insulter dans la rue à cause d’une jupe, je donne donc mon avis.

L’histoire

Tout est réellement parti d’une vidéo présentée par une femme, à Bruxelles : voici un extrait.

Ce fut ensuite un déchaînement de réactions sur le net, où se détachent deux partis pris : ceux qui y voient une cause féministe à soutenir d’urgence, et ceux qui pensent tout de suite à une nouvelle lubie trop exagérée pour être prise en compte. On peut notamment voir cela sur le réseau social Twitter avec le « hashtag » #HarcelementDeRue, qui créer autant de désaccords que le mot-clé #Jenaipasporteplainte. Il n’empêche que les médias s’y intéressent mais restent neutres car le sujet est très sensible. Comme tous les débats sur les problèmes que rencontrent les femmes, vous allez me dire. Le fait de nous noyer de causes féministes en tout genre, à toutes heures, va à l’encontre des femmes au final car les gens en ont marre d’entendre parler de ça. Moi même, j’ai souvent crié sur les féministes. Cela dit, je veux bien raconter mon harcèlement de rue.

J’ai mis une jupe et du rouge à lèvres

Honnêtement au collège et même au lycée, j’étais loin de comprendre le pouvoir que me donnait mon corps. J’étais boulotte et hippie. Puis je suis devenue une jeune femme et j’ai vite compris que les regards des gens (hommes et femmes) changeaient selon ma tenue. Les voitures me laissaient passer les jours où c’était robe et mascara, les portes étaient ouvertes quand j’entrais quelque part avec des talons et j’aimais bien ça. Puis le soir/la nuit offrait tout un panel de compliments qui sentaient un peu l’alcool lorsque j’allais ou revenais d’une soirée. Selon l’humeur du moment, cela agace ou réconforte. Mais il y a eu bien entendu des gestes et des paroles qui blessaient plus qu’elles ne caressaient le coeur : une voiture qui ralentit et un « Salope » qui retentit dans la rue, un bon nombre de « Allez ma cochonne, viens boire un verre avec nous », quelques « Tiens, ça sent le sexe par ici », sans raconter les petites mains aux fesses comme si de rien n’était. Cela dit, il faut aussi compter les fois où les types ont été polis, sans aucune lourdeur, ni insistance. Puis, il ne faut pas faire non plus de généralités avec des « C’est quand ils sont en bande », « Ce sont des gars bourrés », « C’est tout de suite très vulgaires »… restons honnête. Quant à l’attitude à adopter, je n’en ai testé qu’une seule : être indifférente et marcher très vite.

Ne pas être paranoïaque

Il faut quand même le dire, quand je me promène tard le soir, seule, même en jeans, j’ai un peu peur. Chacun a ses raisons et je ne dis pas qu’un mec est toujours en confiance dans cette même situation. Mais ça fait chier de penser au viol quand on rentre chez soi, après une bonne soirée entre amis. Je m’étais alors réconfortée en me disant que tout ce système de peur n’était basé que sur la paranoïa que l’on veut nous imposer. Mon côté « Les médias font de la merde en nous gavant des conneries » me donnait du courage. J’ai même réussi à affronter des situations cocasses comme des types ivres qui me suivaient en me proposant des choses dégoûtantes jusqu’au moment où j’ai fait semblant de rentrer dans un immeuble. Puis je me suis faite agresser. Le type voulait certainement mon ordinateur mais ses mains sur ma poitrine et le fait qu’il me bloque dans un coin ont fait naître la peur du viol et l’idée que cet homme me dominait comme il voulait. Inutile de dire qu’aujourd’hui, les insultes dans la rue quand je suis en jupe passent un peu moins bien.

Une solution ?

C’est bien de dénoncer des choses mais ça l’est plus de proposer des alternatives. Mais là, kekette *. Honnêtement, je sais qu’il fallait agir vu la polémique que cela a provoqué, mais je ne suis pas d’accord avec la loi mise en vigueur en septembre à Bruxelles qui pourra punir ces insultes. La mesure est bien évidemment symbolique car difficile à appliquer dans les faits, mais trop ambiguë et trop susceptible d’envenimer les choses au quotidien. Je me dis alors que la « domination masculine » sans cesse dénoncée n’est pas un problème à régler mais un fait amplifié à accepter. Ma grand-mère maternelle m’avait avoué qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir voter en toute liberté et que la plus grande invention pour la femme était la machine à laver. Ma mère m’a toujours dit qu’elle avait grandi autour de la lutte pour l’égalité salariale, et que la contraception était la plus belle liberté pour la femme moderne. Moi, quand ma fille me parlera de la cause féminine, je pense déjà lui dire que mon combat était davantage dans les détails, que je refusais de différencier les deux sexes pour une égalité plus juste à mes yeux et que parfois, j’ai fait fausse route. Mais qu’il faut aussi laisser les pensées et les moeurs évoluer, qu’on ne peut pas tout demander tout de suite, quitte à se faire encore insulter dans la rue quelques temps.

*Kekette : expression qui veut dire « rien, gros blanc, nada« 

Publicités

C'est ici qu'on commente

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :