blog from the dead

Elles

In Sur les écrans on 22 février 2012 at 19:06

Par Lili Z’, la méchante du moment.

Le 1er février est sorti Elles, réalisé par Malgorzata Szumowska (d’origine polonaise) et avec notamment Juliette Binoche, Anaïs Demoustier et Joanna Kuliq. C’est une journaliste bourgeoise qui fait un article sur deux prostituées/étudiantes à Paris. Vous pensez que c’es nul ? Vous avez raison et je vais vous expliquer pourquoi.

La bourgeoise change.

Dans tout bon film qui se respecte, le personnage principal évolue grâce à des péripéties. Prenez par exemple Simba dans Le roi lion, Nick dans Basic instinct ou encore Jules Winnfield dans Pulp Fiction. Là, c’est pareil : Juliette Binoche passe par différents stades qui vont la rapprocher de ces jeunes filles et lui donner un souffle nouveau. Le seul hic, c’est que les idées ne sont pas bonnes.

– Situation de départ : Anne (personnage de Juliette Binoche) est une journaliste pour un magazine féminin, vit dans un grand et luxueux appartement parisien et va à la rencontre de ces jeunes filles qui vendent leurs corps.

– Confrontation : Anne se trouve face à un monde qu’elle ne connaît pas et ne comprend pas. Les filles lui paraissent sans aucune morale, n’ayant pas honte de se faire payer.

– Découverte : Anne comprend que les putes ne sont pas forcément celles qui écartent les jambes mais peut-être davantage ceux qui sortent les billets. Puis ces filles sont touchantes et compréhensibles finalement.

– Révélation : Anne n’est pas si heureuse que ça : son mari est froid, inexistant et regarde des films pornographiques en douce. Son fils fume du cannabis en séchant le lycée et rit au nez de sa mère. Le petit dernier est accro aux jeux vidéos violents.

– Solution : Anne s’approprie son corps, sa sexualité, change son point de vue sur sa famille, sur son mari, sur les deux étudiantes, elle est libérée.

Voici ce que l’on peut voir durant 1h30, et croyez-moi, c’est long. On sait d’avance ce qu’il va se passer. Pourtant Juliette Binoche s’est investie dans ce film, dans ce personnage (c’est un sujet qui la touche, et elle simule une masturbation devant une caméra) mais rien n’y fait, cela reste vide et prévisible.

Deux étudiantes, deux clichés sur la prostitution.

Tout d’abord, Charlotte : le côté enfantin de la chose. Elle est brune, avec des tâches de rousseur, un beau sourire, mignonne à souhait. Elle se prostitue pour s’acheter davantage des vêtements et des sacs, que de la nourriture. Elle veut échapper à son milieu populaire, la pauvre enfant. Puis elle pleure car elle voit bien qu’elle sentira à jamais les HLM même si elle fait des études (là, il faut pleurer). Ses récits sur les clients sont plutôt drôles : elle raconte les phrases un peu vulgaires et les surnoms qui la font rire, on la voit d’ailleurs très régulièrement sourire, elle fait écouter à Anne un message vocal d’un futur client qui semble être hilarant etc. Pour montrer que ce n’est pas anodin de donner son corps uniquement pour des vêtements de marques, elle se fait violer par l’un de ses clients. Voilà.

Puis il y a Alicja : elle vient de Pologne, parle le français avec un fort accent, son physique est davantage celui d’une « gueule cassée ». On sent qu’elle se prostitue pour survivre, pour s’en sortir car ses parents ne l’aident pas. Elle vit dès le début des scènes plus « hard » que Charlotte comme un client qui lui urine sur les seins et la bouche (mais elle vit de beaux moments puisque le type en question lui joue un air de guitare après, c’est beauuu). Même le lieu où elle est interviewée par Anne dégage un sentiment de dégoût : une chambre d’hôtel (alors que Charlotte est interrogée dans un parc, le vent dans les cheveux). Elle boit de la vodka à la bouteille, mange comme une cochonne (pas de jeux de mots), hurle souvent des insultes etc. Ses récits portent sur l’excitation de faire cela. Elle aime le regard des hommes sur elle quand elle se vend, ce qui dégoûte Anne.

Il y a aussi un gros cliché sur les clients de ces filles. On montre que ce ne sont pas forcément des pervers assoiffés de sexe mais plutôt des maris qui s’ennuient, des types qui cherchent un peu d’amusement. Alors il y a le mec qui pisse sur Alicja et joue de la guitare après. Il lui apprend la cuisine, il lui dit qu’il l’aime. Puis celui qui a à peu près le même âge que Charlotte, doux et drôle. Mais il devient un peu violent, on sent qu’elle l’aime bien mais que lui la voit simplement comme une chose qu’il paye, vu qu’il a beaucoup d’argent. Evidemment, on a le client plein de remords qui pleure avant même d’avoir couché avec Charlotte, ou celui qui propose à Alicja de voir ses seins en échange d’un job ou d’un logement.

Voici les deux façons de voir la prostitution : soit une gamine qui fait cela pour se payer des fringues à la mode, soit une polonaise écoeurante. En même temps, beaucoup de choses ont été faite sur ce thème-là et il est vrai que c’est assez difficile de ne pas tomber dans le cliché. Cela étant dit, il y a tout de même des témoignages plus poignants et criant de vérité comme Mes chères études. J’ai une nette préférence pour le livre, même si j’aime bien Déborah François (une des actrices du très bon film Le Premier Jour du reste de ta vie) dans le rôle de Laura.

Des scènes au 8ème degré ?

Au milieu de tout cela, il y a des choses qu’on peut difficilement expliquer. Certaines scènes sont étranges ou alors extrêmement exagérées.

Le première qui me vient à l’esprit est au 3/4 du film : Le fils d’Anne lui reproche d’être coincée, elle continue de préparer le dîner, prend des coquilles St Jacques dans les mains, les sent, va se masturber dans la salle de bain et pleure. Alors bon, j’ai compris le sens de la scène mais honnêtement… l’intérêt est presque nul. On a envie de rire au lieu d’être touché par une scène qui se veut dramatique.

A la fin, Anne pète un plomb lors de son dîner qu’elle avait préparé toute la journée : elle imagine tous les clients des deux filles à sa table, part de chez elle, revient en pleine nuit, tente de faire une fellation à son mari, il refuse et le lendemain, ils prennent le petit-déjeuner en riant avec les enfants comme si tout allait bien. Là encore, toute la salle de cinéma a eu la même réaction que moi, c’est-à-dire NADA. C’était vide.

Il y a aussi la fameuse scène où Anne tente de raisonner son lycéen de fils qui ne va plus en cours avec un magnifique « Mais tu ne vois pas tous les gens qui se battent dehors ? ». Le gamin rit car il est défoncé et ne comprend même pas ce qu’elle dit (ben oui, il préfère mettre du gel dans ses cheveux et se rebeller comme Che Guevara, qui est sur un des posters de sa chambre. Attention, des clichés se sont glissés dans cette parenthèse).

Pour finir il y a des scènes réellement inutiles, qui tentent de faire passer des subtilités ridicules. Par exemple, tout au long du film, Anne se cogne, se coupe, se brûle, n’arrive pas à fermer correctement le frigo… pour montrer qu’elle n’est pas à l’aise dans sa vie, que quelque chose cloche. Pour nous faire comprendre qu’Anne change, on créé un contact avec les deux filles : elle sert fort Charlotte dans ses bras en la quittant, elle danse ivre avec Alicja et l’image se brouille pour nous laisser apercevoir qu’une silhouette, là où il y a deux femmes (hé hé, ça veut dire qu’elles ne font plus qu’une…).

Pour résumer : n’allez pas dépenser de l’argent pour voir ce film. Sauf si vous voulez mater des fesses, les seins de Juliette Binoche, elle-même en train de se masturber. Si ce n’est pas le cas, passez votre chemin et allez voir autre chose.

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  1. T’as fini de me convaincre ; j’irai pas voir ce film ^^

  2. Je m’en doute bien, c’est juste la deuxième fois que j’incendie ce film devant toi !

  3. Bonjour,

     » Il y a aussi un gros cliché sur les clients de ces filles. On montre que ce ne sont pas forcément des pervers assoiffés de sexe mais plutôt des maris qui s’ennuient, des types qui cherchent un peu d’amusement.  »

    Qu’est-ce que cela veut dire ? Que tous les clients de prostituées sont des pervers sexuels ?

    • Ah non non, ma phrase ne va pas dans ce sens-là. Certains films véhiculent le portrait de clients très pervers, très sales, très sombres. Dans ce film, ce n’est pas le cas. C’est une bonne chose, mais ce n’est pas pour autant que les clients ne rentrent pas dans une catégorie de clichés.

  4. Je suis très déçue : c’est le seul article où tu parles de Simba…

  5. Non, non, non, je ne vais pas voir Le roi lion en 3D pour faire un article dessus et te satisfaire !

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