blog from the dead

A dangerous method

In Sur les écrans on 3 janvier 2012 at 17:23

Par Lili Z’, la lâcheuse du moment.

Une fois de plus, je viens déclarer mon amour pour le cinéma sous forme de critique de films. Aujourd’hui, c’est A dangerous method de D. Cronenberg (sortie le 21 décembre 2011). Attachez vos ceintures, on part dans l’inconscient collectif!

Un parcours explosif.

Fils d’une pianiste et d’une écrivain journaliste, David Cronenberg commença par des courts-métrages dans les années 1960 comme Transfer (1966), où l’intérêt pour la psychanalyse, l’étude du corps humain et la sexualité était déjà présent. Il continua avec des longs-métrages dans les années 1980 et connut sa première reconnaissance mondiale avec La Mouche (1987). Viennent ensuite Faux-Semblants en 1989 (le récit d’une relation destructrice entre des jumeaux), Crash en 1996 (l’adaptation du roman culte de James Graham Ballard qui souligne l’inquiétante relation homme-technologie), le très bon et très surprenant eXistenZ en 1999, A history of violence en 2005 où le Mal et la violence s’immiscent dans une famille, Les Promesses de l’ombre en 2007 et enfin, A dangerous method.

Une réalisation étonnamment calme.

Dans ce dernier film, Cronenberg offre un travail tout à fait différent du reste de sa carrière. Ce n’est pas le thème de la psychologie qui étonne, puisque c’est un habitué de ce sujet, mais davantage la mise en scène. En effet, c’est avec un intérêt historique que cette relation Freud-Jung est traitée. On peut le voir aux costumes d’époque, à l’architecture des maisons, plus généralement aux décors, aux dialogues, à la lumière douce, aux plans très simples et aux transitions très classiques, presque trop rigides, à la volonté de ressembler à Freud jusqu’à son cabinet (livres, bibelots, pipe etc.). A dangerous method  reste donc sur un récit calme malgré le thème abordé : sexualité morbide, querelles, tromperies, souffrances etc. Le plus étrange de la part de ce réalisateur est sans aucun doute l’absence de violence alors que l’on parle de sexe et de sadomasochisme. Cronenberg explique cela par la volonté de faire ressortir les méthodes de l’époque : tout analyser de manière scientifique. C’est pourquoi les scènes de fessée sont filmées à travers un miroir où Sabrina Spielrein se regarde, comme si elle s’analysait durant l’acte.

Des personnages travaillés (voire un peu trop).

Il faut avant tout rappeler que ce film ne prétend à aucune historicité, mais adapter un récit littéraire et théâtral.  Le personnage qui saute aux yeux dans l’affiche comme dans le film est Sabrina Spielrein incarné par Keira Knightley. C’est une jeune femme atteinte d’hystérie et patiente du docteur Jung, qui va découvrir chez elle une tendance masochiste. La relation intime entre ces deux personnes exista réellement et fut racontée dans le livre de John Kerr, A Most Dangerous Method (1994). Bien que le rôle soit extrêmement difficile à jouer, certains ont trouvé que Keira Knightley faisait des mimiques inutiles pour incarner une hystérique. L’oscar semble néanmoins pointer son nez…

Le deuxième personnage important est Carl Jung interprété par Michael Fassbender. C’est un personnage typique de cette époque : classique, droit, exprimant peu ses sentiments, très méthodique, doté d’une volonté de faire au mieux son travail. Jung est brillant mais il n’arrive pas à s’affranchir de la tutelle de son modèle Freud, ni de l’aspect matériel et patriarchal que lui offre sa femme, ni du désir qu’il éprouve pour sa patiente Sabrina Spielrein. On reconnaît ici tout le talent de cet acteur qui arrive à faire ressentir tout cela sans exagérer.

Et pour finir avec ce trio, il y a Freud qui s’impose en grand sage de la psychanalyse. Viggo Mortensen, grand habitué de Cronenberg, tient ici un rôle presque moralisateur sur les moeurs légères de Jung, sur les « dérives » de la psychologie qui expliquent la rupture entre ces deux compères. Il varie donc entre un aspect comique (avec quelques blagues) et un côté respectueux (de son travail, de son avis, des réalités qu’il rappelle comme la place des Juifs à cette époque-là).

Quelques mots sur deux autres personnages secondaires du film : la femme de Jung, Emma et Otto Gross. La première est bien trop caricaturale pour être dans le vrai. On sent que le spectateur ne doit pas l’aimer, qu’elle représente un frein pour Jung et sa relation avec sa patiente. Le second donne un tournant au film, quelque chose de troublant. Otto (joué par Vincent Cassel) a réellement existé et fut bien un patient de Jung durant quelques semaines. Mais il n’a pas eu l’influence si importante sur Jung que lui donne Cronenberg. De plus, il ne joue que dans quelques scènes, l’intérêt tiré n’est pas immense. La fin est tout de même historique et tragique, puisque seul Jung survit à la guerre.

Des bonus !

Je mets quelques points de plus au film grâce à la bande son de Howard Shore. Ce compositeur attitré de D. Cronenberg s’est chargé de nous transporter dans le début du XIXème siècle. En s’inspirant du célèbre opéra Siegfried,  il emmène le spectateur dans l’univers de Freud qui appréciait particulièrement Wagner. Il faut aussi rappeler que H. Shore n’est pas novice dans ce domaine puisqu’il a été lauréat aux Oscars par deux fois pour la trilogie du Seigneur des anneaux (rien que ça !). La musique est redondante, bien choisie et donc bien maitrisée. Elle accompagne les dialogues, souligne les moments de tensions, de doutes et bonifie les décors.

Le titre est aussi intéressant. Bien entendu, Cronenberg ne s’est pas éloigné des titres dont il a fait les adaptations mais au-delà de ça, il explique son choix parce que cette méthode d’analyse affecte aussi bien la patiente que le psychologue. De plus, la psychologie faisait peur à cette époque parce que Freud posait des questions qui dérangeaient et utilisait un vocabulaire tabou comme « vagin », « verge », « inceste » etc.

En bref.

En regardant A dangerous method, vous mettez les pieds dans un des fondements de notre société actuelle : la psychologie. Tout cela pour comprendre que le chemin de petits génies comme Freud et Jung fut difficile. Même si le film manque d’intensité cronenbergienne, cela vaut la peine d’écouter des dialogues construits et relevant un peu de l’intellect de cette époque.

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  1. J’ai vu le film il n’y a pas longtemps. Il m’avais un peu laissé perplexe au début car il tranche assez dans ce que l’ont voit en ce moment au ciné. Cependant, Je le suis laissé entrainé dans l’histoire assez bien foutu d’ailleurs.

    • Qu’entendez-vous par « il tranche […] dans ce qye l’on voit en ce moment au ciné » ?
      Vous voulez dire que c’est étrange de faire un film sur Freud ? Est-ce la manière de tourner le film ? Ou est-ce autre chose ?

      • De faire un film sur Freud. Mais justement, je trouve que c’est pas mal.

      • J’avoue ne pas m’être plus penché sur les motivations de Cronenberg…
        De toute façon, tout peut faire l’objet d’un film : il n’y a qu’à voir son dernier long-métrage Cosmopolis, sur un golden boy. La quasi totalité se passe dans/près de sa limousine.
        C’est une des raisons qui me font aimer ses films : son éclectisme et le fait de ne pas savoir à quoi nous attendre en entrant dans la salle.

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