blog from the dead

Les Immortels

In Briller en société, Pour éteindre le cerveau, Sur les écrans on 5 décembre 2011 at 22:34

Par Captain Flemme, qui n’est pas de votre galaxie !

En cette période de fête, de guirlandes, de chansons et de cadeaux, Virgin Production, toussa toussa, ont l’honneur de vous offrir le summum du nanar 2011. Petits et grands, vous trouverez tous ce que vous appréciez, l’encéphalogramme plat, de l’action et du sang, mais aussi des filles et de la tendresse, le tout dans un  gloubiboulga mythologique. Nous vous offrons Les Immortels !

Il me faut commencer par vous rappeler que ce film a décidé de boxer dans une catégorie assez courante aujourd’hui, le peplum de jupette grecque, tout en lances et muscles. Nous rappelons à nos chers téléspectateurs ici présents que depuis 2010, la ceinture de World Greek Nanar Champion était tenue par Le Choc des Titans. Un adversaire très coriace pour notre challenger. Cependant, il semblerait que le petit nouveau ait un sacré jeu de jambe, et pour avoir pu comparer, je peux vous dire qu’il l’a sévèrement envoyé dans les cordes. Vous l’aurez compris, Les Immortels est  LE nanar de cette fin d’année. Voici donc notre chronique consacrée à ce nouveau monument du 7eme (bis) Art.

Commençons par un petit truc qui met tout de suite dans l’ambiance, l’affiche du film. Hormis l’aspect étrange de la disposition en rond des personnes, on peut lire, « Par les Producteurs de 300« . Et là, les annonceurs vendent déjà du rêve. On ne peut que remarquer la pertinence de cette information. En effet, Un producteur est (merci kikipedia) :

« la personne qui finance ou qui coordonne les financements d’un film et qui contrôle les dépenses par rapport au budget. Mais son rôle ne se cantonne pas à ces fonctions : il aide le réalisateur lors de l’écriture du scénario, du choix des acteurs, des lieux de tournage, de l’équipe et sera l’interlocuteur privilégié en cas de problèmes ou conflits. Il a donc aussi bien un rôle artistique que financier. »

Clairement, là, les producteurs se sont fait de la thune avec 300 et ils ont décidé de remettre le couvert. (Tout) Petit bémol, 300 est basé sur une bande-dessinée, et donc sur un support existant qui prend ses distances avec l’histoire réelle, et qui n’est d’ailleurs pas mythologique. Cette bande-dessinée est l’oeuvre du scénariste Frank Miller, aussi connu pour l’excellent Batman : Dark Knight (le comic book et non le film), pour une autre kyrielle de récits de super-héros Marvel et DC, mais aussi pour Ronin (peu célèbre en France), et bien entendu Sin City (à la fois le film et la bande-dessinée).

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce film a deux niveaux de lecture. Le premier est l’histoire dans son plus pur et chaste nu scénaristique, le deuxième est bien plus mesquin et idéologique.

Voici ce qu’il y a de meilleur dans ce film.

Le scénario !

A lui tout seul il mérite une catégorie. [spoil alert : tous ceux qui ne veulent pas savoir comment l’histoire finit bien ne devraient pas lire ce qui suit]

L’histoire est on ne peut plus simple. Le grand méchant Hypérion a décidé de faire tomber les dieux en libérant leurs ennemis, les Titans. Pour cela il cherche l’arc d’Epire, l’arme la plus puissante du monde. Pour la trouver, il chope une oracle vierge, Phèdre, qu’il veut utiliser à son profit. Un grec trahit les siens et fait attaquer sans raison un village grec sans intérêt. Thésée y vit et après avoir vu sa mère mourir sous ses yeux, est fait prisonnier.

Après être miraculeusement réuni avec l’oracle vierge, il s’enfuit avec elle et quelques pékins sans intérêts. Ils interceptent un navire pas vraiment marchand qui contient des hommes, et sont sauvés par Poséidon qui fait un giga raz-de-marée de la mort qui ne tue que les méchants. Ils retournent au village de Thésée pour y enterrer sa mère, mais tombent dans une embuscade des méchants. Thésée se frite-là avec « la bête », un glandu avec un casque en grillage en forme de tête de taureau (aka le minotaure). Thésée trouve d’ailleurs par hasard l’arc d’Epire, et il libère ses potes entourés d’ennemis. Là, vu que les visions de l’Oracle n’ont plus d’intérêt, Thésée la libère de sa malédiction de voyance en se la tapant (on notera la 3D sur les fesses de la fille). Ils décident donc, à 4, d’aller pourrir Hypérion et son armée. Problème, Hypérion a décidé de foncer sur le mont Tartare aka l’endroit où les gentils se rassemblent parce qu’il y a un mur (pourquoi un mur ici… mystère), mais c’est aussi là où sont enfermés les Titans (et les hommes ne le savent pas), et d’y mettre le siège. Cependant, Thésée arrive tombe dans une embuscade, mais est sauvé par Arès qui tue tous les méchants en supervitesse avec son marteau. Zeus arrive, et, pas content, tue Arès.

Du coup Thésée et ses potes, qui, au passage, ont perdu l’arc qui a été emporté par une hyène, décident d’aller au grand mur. Ils y arrivent, s’engagent dans l’armée, joutent verbalement avec des politiciens pacifistes niais. Au passage, Thésée refuse de trahir son camp même si Hypérion le lui propose. Lendemain matin, la bataille s’engage dans un couloir (800 grecs contre des milliers de… méchants nommés Héraclions – ça ne vous rappelle rien ?). Hypérion après avoir détruit une porte de marbre de 12 t (oui les grecs utilisent la tonne) et va libérer ses copains Titans, tuant au passage le politicien qui sert à rien. Pour finir gros combat entre les mecs dans le couloir, les dieux contre les Titans et Thésée contre Hypérion en mode free fight. Heureusement, ça finit plus ou moins bien même si tous les dieux sauf Zeus meurent, et même si Thésée meurt mais est divinisé.

Epilogue qui sert à rien : le gamin de Thésée a des visions de son père qui se fritte dans les cieux.

Alors on peut résumer ça en deux phrases : le gentil veut se venger du méchant, trouve l’arc, le perd, le méchant le récupère, il libère les Titans, tout le monde se bat, tout le monde meurt. Happy End, Thésée vit heureux à combattre dans le ciel pour toujours. On peut même raccourcir : NEANT ! Autrement dit, un film basé sur rien avec beaucoup de parlote pour donner un bordel sans nom.

L’écueil de l’anachronisme ou comment faire un nanar chronique !

Voyons maintenant, quelque chose qui donne de l’intérêt à ce film à tous ceux qui aiment l’historicité. Alors on pourra me critiquer en disant : « vous/tu fais attention à des détails, et le film n’a pas été fait dans une optique historique. » Bon, je concède qu’ils nous ont calé des dieux, m’enfin, dès le début, ils nous expliquent que ce ne sont pas vraiment des dieux, qu’ils n’interviennent pas. Et puis, ils nous donnent une date précise, on est en 1228 av. J.-C., précisément. Retenez cette date, ça servira. Alors, à partir du moment où on situe chronologiquement un film, on s’expose à la critique, je suis désolé.

Commençons donc par le début du film. Les Titans sont enfermés dans une montagne creusée dont le sommet est évidé, que l’on a nommé Mont Tartare. Le Tartare est supposé être situé à une profondeur sous la terre égale à la hauteur qui sépare cette dernière de l’Olympe. Mais là, on va s’intéresser au plafond à caissons :

Est-ce le Panthéon ? Est-ce le Parthénon ? Non, c’est le Tartaaaaaaare !

Un fuckin‘ plafond à caisson ! Pratique qui, selon  kikipedia, « se développe au Ve siècle av. J.-C. » Soit 700 ans après. Alors vous me direz « mais c’est les dieux qui ont fait ça ! » Et bah les dieux ils sont vachement innovateurs faut croire…

Le plafond à caisson du Panthéon, Rome (vous noterez la troublante ressemblance avec l’image précédente)

De toute façon, on savait déjà comment ça partait, vu qu’ils avaient commencé en nous balançant une citation de Socrate, citation reprise quasi mot pour mot par Thésée, mais c’est un détail.

Continuons sur notre lancée avec l’architecture des bâtiments du film. Le monastère déjà, puisqu’il est très représentatif de l’utilisation du béton armé par les grecs. Le bâtiment est d’ailleurs un fuckin‘ monastère. Un MONASTERE ! Une création typique du christianisme (de Pacôme de Tabennesis pour ceux que ça intéresse) du IIIe siècle plus ou moins, et encore ça ne devait pas ressembler à ça :

οπλισμένο σκυρόδεμα ou béton armé en grec

Dedans, comble de la nana (chronisme) quelque chose qui ressemble à… une église, avec une nef, des bancs alignés, et au fond une abside.

toute ressemblance avec un bâtiment plus récent serait fortuite

C’est bien connu, les grecs prient dans des églises romanes. De la même manière, adios la statue du dieu, bonjour les peintures avec de la perspective sur fond doré. On ne pourra qu’admirer le « dieu grec » :

Un Dieu grec

Il ressemble vachement à ça je trouve :

Dieu dans un tableau médiéval

Et voici un magnifique exemple de perspective grecque du XIIIe siècle avant notre ère :

les grecs peignent de face et en perspective (celui en bas à droite n’a plus de cou)

Avançons un peu sur le thème de l’architecture, avec ce quelque chose qui m’a fait pleurer du sang : la tour perdue au milieu du désert de sel. Déjà, pourquoi construire là ? Mais en plus, des grecs qui construisent comme ça, WTF ?

serait-ce un minaret ?
admirez cette courbure du mur, fortement inspirée du modèle grec d’Hippodamos de Milet. En fait, non.
Et dedans, une magnifique mosaïque préhellénique

Je ne parlerai pas de l’architecture du temple du village de Thésée, parce que ça ne servirait à rien. Juste, j’en profite pour vous signaler que fabriquer un labyrinthe à l’entrée d’un temple des ancêtres, ce n’est pas logique.

Je ne m’appesantirai pas sur le village de Kolpos d’un point de vue anachronique, même s’il y aurait à dire.

Parlons du barrage.. euh pardon, de la Grande Muraille (sic). C’est bien connu, les Grecs fabriquaient des murs en béton de 50 m de haut sur 30 de large. Le voici :

la Grande Muraille (de Grèce)

En fait, et c’est là la plus grosse blague que l’on puisse faire je crois, « originellement, c’était un barrage » nous apprend Lysandre.  Admettons l’existence de barrages en Grèce en 1200 avant J.-C., vu qu’il y en avait en Egypte. Cependant, à mon avis, les architectes grecs, même si je ne remets pas en cause leurs grandes connaissances, ne les fabriquaient pas comme ça, et encore moins dans ce matériau. Wikipedia nous apprend que :

« La technologie des barrages-poids a évolué. Jusqu’au début du xxe siècle (1920-1930), les barrages-poids étaient construits en maçonnerie (il existe beaucoup de barrages de ce type en France, notamment pour l’alimentation en eau des voies navigables). »

En effet, vu la taille du truc, étant donné que l’eau exerce une force horizontale, nommée p de formule : p = ρgh

Sachant que ρ = 1000 kg/m³ (la masse volumique de l’eau) et g =9,81 m/s² (la pesanteur). h est la hauteur d’eau au dessous du point. Si on prend comme point la base, on va dire qu’il y avait 80 m de haut,  p = 784800 kg/m*s²  Blablabla, j’ai oublié comment on fait, tout ça pour dire que ça pèche en un endroit : aucun matériau n’est assez solide à l’époque pour résister à une telle pression. (Et puis les grecs ne connaissaient même pas ces unités de mesure-là, alors bon)

Bref, passons. Donc ce maxi barrage fort réaliste a été transformé en rempart et une cité a été installée derrière quand « ils ont senti le danger venir ». ET L’EAU, BANDE DE MOULES ? ILS L’ONT BUE ? Faut croire que oui après tout. Mais puisque c’est un mur, il doit y avoir une porte ! Eh bien… oui, il y en a une, « 20 pieds de marbres » et qui pèse « plus de 12 t, conçue pour être impénétrable » Cette quantité de marbre, là, ça doit être facile à soulever… On ne pourra qu’adhérer à la réponse d’Hypérion à Lysandre : « a-t-on déjà vu de portes conçues pour ne pas être impénétrable ? »

Passons au dernier élément d’architecture improbable, le tunnel :

Le tunnel des Thermopyles, 300 m de long

Ce tunnel outre sa forme très… route est éclairé par de jolis néons. Si ce ne sont pas des néons, alors je ne vois pas du tout ce que ça peut être aussi loin sous des mètres et des mètres de caillasse…

on voit le néon dans le coin haut/gauche de l’image, en bas à gauche, vous avez la formation « hoplitique ta mère » et devant, vous avez l’abruti qui ne protège pas son voisin.

Je ne peux parler de la villa des dieux sur l’Olympe, hormis qu’elle est très bizarrement installée au beau milieu d’une falaise, mais bon, on va dire que c’est parce que ce sont des dieux visionnaires, et qu’ils savent vachement bien construire.

Ah oui, tiens j’y pense, en 1228 av. J.-C., la Grèce n’est alors occupée ni des Grecs (vf), ni par des Hellènes (vo). C’est à ce moment-là, la fin de la période dite mycénienne. On la connait, par exemple, grâce à la cité éponyme de Mycènes, vous savez, les ruines de ville où les remparts sont en blocs cyclopéens :

La Porte aux lions, entrée de Mycènes – aka le bastion d’Agamemnon, le gars de la guerre de Troie

Allez, chuis sympa, je finis avec une revue complète de l’équipement de guerre grec. On commence avec les haches. Dans le film, ça donne, ceci :

« Et mes haches sont vôtres ! »

Alors du coup, moi ça me fait penser à ceci  :

la francisque, ou hache des Francs.

voire à ceci :

hache viking (moche – désolé)

On pourrait aussi parler des casques des soldats grecs (qui font médiévaux) ou des glaives qu’ils utilisent (qui font romains pour le coup), ou même de l’armure, qui fait aussi romaine. Mais un exemple vaut mieux qu’un long discours :

A quand le jeu ?

On a parlé de l’équipement grec, mais pas assez de celui des dieux. A la limite, je me fous de leurs armes (quoi qu’Athéna et ses pics à glace reste assez drole), mais les casques ! Les casques quoi :

Pour cette légende, j’hésite entre : « Power Rangers rassemblement » ou  » Dieu que ces dieux sont beaux »

Ces casques se retrouvent aussi sur les Titans avec la seule différence qu’ils sont rouges. Mais sincèrement, vous ne trouvez pas que ça ressemble à s’y méprendre à ça :

plagier Gladiator, check !

Bon, je ne peux résister à vous montrer aussi ceci :

Outre l’anachronisme total de cette magnifique carte, on admirera son utilité…

Finissons cette rubrique par, après tout, l’objet le plus important du film, l’arme la plus puissante de ce côté-ci du multivers, l’arc d’Epire.  Selon la légende que les scénaristes grec siamois borgnes racontent depuis au moins… 6 mois, il fut forgé par Héraklès. Le demi-dieu, le bourrin aux Douze Travaux, et pas Hephaistos, le Dieu Forgeron – qui est absent de ce film d’ailleurs. Alors forcément, même les personnages n’y croient pas.

« Tu nous prends vraiment pour des buses ? »

En fait, le pauvre sceptique ci-dessus a tort de ne pas y croire, car il existe, je l’ai vu de mes yeux ! Et on dirait… un arc que des sportifs de notre bon vieux XXIe siècle utilisent, regardez !

« B : Je crois qu’il tient l’arc. A : Cette arme ne serait pas un peu nawak ? B : … »

[Jingle] « Toi aussi, pauvre petit péquin, achète le super arc Epirus 8000, il brille, tire des flèches sans avoir besoin de carquois, il est léger, maniable, et en plus il est à paillettes. Disponible également en rose pour les filles et vert kaki pour les barbouzes ! »

Un film en mousse

Alors le film commence et PAF, on nous fait peur avec de la musique par à-coup. N’empêche qu’ils sont vachement crédibles les Titans :

Grrrrr, on est des Titans, on est méchants et sales et on est coincés avec des barres d’acier industriel dans la bouche (notez les jolies stries du métal, ça fait très barre de métal de chantier, celles qui tiennent les murs)

Dans ce film, qui sont les Titans : des espèces d’hommes-bêtes (si l’on en juge par leurs gesticulations quand ils sont libérés) qui grognent très méchants. Quoi ? Pardon ? Les fils d’Ouranos et de Gaïa ? Quoi, il y a Chronos, le père de Zeus, parmi eux ? Hein, des divinités primordiales géantes ? Vous êtes certain ? Et Hypérion serait l’un d’eux et serait donc enfermé avec eux ? Bwah c’est du détail ça, c’est pas comme-ci ça remettait en cause tout le scenario…

Parlons-en d’ailleurs d’Hypérion. Faut avouer qu’il est pas aidé, parce que sincèrement, on est confronté au méchant avec le casque le plus moche de tous les films récents, une espèce de pince de homard. Quand il le porte, il transcende alors son humanité, et tel Batman, devient… Pinceman !

« Tu as peur, je le sais, je suis le méchant et je dominerai le monde ! MWAHAHAHAHAHAHAH ! »

Pauvre Mickey Rourke… Outre un casque hideusement laid -symboliserait-il le feu du soleil ? -, il doit en plus jouer un personnage sans profondeur. Le film nous explique pelle-mêle qu’il serait un ancien paysan, qu’il a vu toute sa famille mourir de maladie et que c’est pour ça qu’il veut libérer les Titans et taper les dieux. Il veut aussi dominer le monde, et tue ses subordonnés comme ça, par plaisir. On notera le rite d’initiation qu’il impose aux nouveaux venus : castration à la masse et lacération du visage. On est en somme en face du mélange assez banal de méchant type « maître du mal », 15 % Bouffon Vert (motivation du type vengeance sans raison), 10 % Le Caïd (méchant de Spider-man, dans le sens où il possède une foule de mecs « utiles »), 25 % Sarumane (« je suis un méchant qui sert des plus gros méchants »), 100 % Xerxès (Je suis le vilain chef d’une grande troupe de péons braillards sans valeur et je me frite contre des Grecs). Oui, on arrive à 150 %, mais c’est parce que ce personnage est… Hors-Norme ! Non je blague.

Un p’tit coup de Thésée ? Allez, j’dis pas non, après tout, c’est le héros du film. Alors, à quoi sert ce personnage ? Bah à rien, il libère l’arc d’Epire pour ensuite le refiler (involontairement mais quand même) à Hypérion. En gros, il n’aurait pas été là, bah il ne se serait rien passé et les Titans n’auraient pas été libérés. Bref, là, c’est comme pour les Titans ou Hypérion, on dit merde à la mythologie et on nous pond ça :

Le pauvre souffre d’une très rare affection, nommée le Syndrome 300, qui résulte sur une hypertrophie musculaire et une propension à se balader torse nu sans raison

Notre jeune et fringuant ami, pauvre paysan vivant avec sa mère dans un village dans une falaise passe ses journées à… taper sur du bois mort, ce qui explique sa musculature (?). Bien évidemment, il est athée, mais quand il voit l’arc, bah pouf il croit ! Le fait de voir Arès et Zeus doit sans doute jouer un peu aussi. De l’histoire originelle du compère Thésée, on ne garde que le coup du labyrinthe et du minotaure, on sort Égée, on sort que Thésée était un prince, on sort Ariane et son fil. Et je pense que quand même on peut applaudir le discours vibrant qu’il débite à la foule de soldats grecs, qui ne fait pas que penser à celui de 300, mais qu’on dirait presque plagié… Sinon, même remarque que pour Hypérion, c’est l’archétype du héros animé par la vengeance, qui pour le coup pioche allègrement dans le registre Nanakin Marcheciel (ou Anakin Skywalker pour ceux qui n’avaient pas deviné). Ils ont tous les deux été choisi, ils n’ont pas de père, et ils perdent leur mère dans des conditions terrrribles. D’ailleurs on retrouve des éléments qui font l’excellence de Hayden Christensen, comme le fronçage de sourcil ou une sensibilité à fleur de peau, exemples :

On se croirait dans un film muet – Ce n’est pas de la constipation mais de l’énervement par contre.
« Bonjour, j’ai l’air pensif mais énervé, comme tout soldat une veille de bataille. »

Est-il besoin de parler de Phèdre, l’argument de vente du film dont les fesses étaient en 3D (m’a assuré un ami, moi je n’avais pas remarqué). Elle a deux visions dans tout le film, puis « parce que c’est trop dur d’avoir des visions » et surtout parce qu’elle a bien envie de faire comme toutes les autres filles, à savoir se taper le héros, bah elle échange sa prémonition contre du sexe gratuit. En même temps, après avoir passé 30 ans de sa vie dans un monastère en béton complètement austère avec 3 autres vierges et un paquet de moines (qu’on va supposer chastes), ça peut encore paraître cohérent au milieu de ce flot d’incohérence. Je dis bien « ça peut » parce que je ne suis absolument pas convaincu. Sinon elle joue pas trop mal comparé à d’autres.

Sinon, Lysandre est plus plat que les murs du monastère. Son personnage n’a aucun sens, c’est une espèce de traître, style « ouiiiiii maîîîîîître ». Sa traîtrise n’est d’ailleurs pas cohérente, tout comme sa réaction : « j’ai été viré de l’armée alors je tue des gardes et je vais me réfugier aux pieds d’Hypérion ». Le voici donc en pleine traîtrise :

On s’attendrait presque à le voir encore plus courbé et répondre au nom d’Igor

Sinon, Stavros ne mérite même pas cette phrase, il sert à rien dans le rôle du second gentil un peu moins gentil et charmeur, genre sous-sous-Han Solo (et encore, c’est insulter ce dernier).

Pis sinon, j’avoue que j’aime bien le personnage inutile du politicien, membre du « Conseil grec », et athée. Un mec sympa qui pense que  de toute façon faut être rationnel et laisser de la place à la discussion. Ô étonnement, il meurt comme le débile qu’il est. J’ai eu du mal à résister à l’envie de hurler quand j’ai vu ce personnage. L’athéisme de la part des autres péquins, passe encore (quoi que je commençais à en avoir marre), mais là ! Enfin bref, de toute façon il ne sert à rien.

Et j’oubliais les dieux ! Ces cinq pécores dorés qui surjouent et qui n’ont aucun sens. Enfin si, Zeus sert, car sous sa forme humaine (retenez ça), il influence Thésée depuis son enfance. C’est un peu comme Yoda si vous voulez, il balance le même style de phrase : »ta colère te ruine Thésée, tu dois avoir le contrôle sur tes émotions. » Sinon, vu que Zeus interdit par ailleurs l’intervention des dieux dans le monde des hommes (alors que lui-même le fait…) bah il ne se passe pas grand chose, hormis l’exécution sommaire d’Arès par Zeus pour avoir désobéi à la règle précédente (comme quoi Zeus est un vrai connard de père ingrat). Bon sinon, ils ont des casques vraiment moches, regardons défiler les trois meilleurs :

Aurait-il volé un vif d’or géant pour se le mettre sur le tête ? (celui de gauche je veux dire)
Oh le beauuuu… truc ?!

Et la Palme d’or revient à :

la traînée de lumière dorée derrière lui n’est pas un problème de mon écran, c’est vraiment dans le film.

Bon allez un petit dernier pour la route avec l’accessoire ultime dont j’ai parlé plus haut pour montrer son anachronisme? Et si on discutait de son utilité ? Baaah encore plus que Thésée, s’ils ne l’avaient pas inventé pour le film, bah il n’y aurait pas de film. Du coup, qui de la poule ou de l’oeuf vint le premier ? A-t-on inventé l’arc avant d’écrire le scénario ce qui serait honteux vu l’utilisation qui en est faite (7 flèches dans tout le film), ou alors a-t-on inventé l’arc uniquement pour tenter de remplir le trou noir scénaristique qu’est le film ?

Je pourrais parler des incohérences qui jalonnent ce film mais ça commence à être un peu long comme article. Je ne vais que mentionner les meilleures :

– Thésée trouve son chemin dans le labyrinthe en s’entaillant le mollet. Aura-t-il assez de sang pour avoir des empreintes tout le long ?

– une constellation de « fuck les distances » autrement nommées téléportations

– des ennemis apparaissant n’importe où grâce auxdites téléportations.

– de la roche brute (où il y a l’arc) dans le temple souterrain alors que tout le reste est bien construit…

– etc etc etc

Tout ça pour dire que ceci est LE nanar 2011, merci de m’avoir lu, j’ai été un peu long (et encore je n’ai pas tout dit, vraiment pas…). J’espère que vous avez apprécié et qu’au moins vous téléchargerez ce film (ouh que c’est mal) à défaut d’aller le voir au cinéma. Si vous avez des questions, n’hésitez pas ! Je laisse le mot de la fin à la belle image de fin du film :

Cette nuée de moucherons pixels est en réalité des dieux qui se fightent en appui sur rien dans le ciel. Comme quoi c'est vachement dangereux le ciel grec...

morale : si vous vous attendiez à mieux, allez vous faire voir chez les grecs ! (je n’ai pas su résister à la tentation de faire cette blague)

Épilogue épilogique : Il s’avère que Frank Miller, l’auteur de 300 en BD, dont j’ai parlé plus haut, est un joyeux républicain aux idées… Jugez par vous-même. Pour les non-bilingues, voici des passages traduits par votre serviteur :

« Ce n’est rien de qu’un regroupement de voyous, de voleurs et de violeurs, et d’une foule indisciplinée, nourris par la nostalgie de l’ère Woodstock et d’une putride fausse droiture. Ils ne font rien d’autre que de blesser l’Amérique »

« rien que des gâtés d’iPod et d’iPad qui devraient arrêter de se mettre en travers de la route des gens qui travaillent et trouver eux-mêmes du travail »

« Il n’y a pas de levée populaire. C’est de la merde. Et Dieu sait qu’il répandent cette merde, à la fois politiquement et physiquement – de toutes les manières qu’ils trouvent »

« Réveillez-vous, [insulte], l’Amérique est en guerre contre un impitoyable ennemi.

Peut-être, entre vos moments d’apitoiements sur vous-mêmes et les bouchées savoureuses de narcissisme que l’on vous a servi dans vos protégés et confortables petits mondes, vous avez entendu des termes comme Al Quaida et Islamisme.

Et cet ennemi qui est le mien – apparemment pas le vôtre – doit être en train de rire, et même de rire énormément de votre vain, enfantin, auto-destructeur spectacle.

Au nom de la décence, rentrez chez vos parents, bande de losers. Retournez dans les sous-sols de vos mères, et jouez à vos Lords of Warcrafts.

Ou mieux, engagez-vous pour de vrai. Peut-être que notre armée pourrait vous donner quelque forme  [traduction hasardeuse].

Ils ne vous laisseront sans doute pas, vous, bande de bébés, garder vos iPhones, à vrai dire. » etc etc

Je ne peux vous laisser ici la réponse du grand Alan Moore, connu pour V pour Vendetta (toujours la bd) ou Watchmen, il a aussi travaillé sur l’Homme-Chose (Swampthing en anglais), La Ligue des Gentlemen extraordinaires, etc. Il se déclare végétarien, anarchiste et dit vénérer un divinité-serpent romaine, Glycon. Cet honorable vieux monsieur barbu, de 58 ans, a déclaré à propos de l’article de Frank Miller :

“Well, Frank Miller is someone whose work I’ve barely looked at for the past twenty years. I thought the Sin City stuff was unreconstructed misogyny, 300 appeared to be wildly ahistoric, homophobic and just completely misguided. I think that there has probably been a rather unpleasant sensibility apparent in Frank Miller’s work for quite a long time. Since I don’t have anything to do with the comics industry, I don’t have anything to do with the people in it. I heard about the latest outpourings regarding the Occupy movement. It’s about what I’d expect from him. It’s always seemed to me that the majority of the comics field, if you had to place them politically, you’d have to say centre-right. That would be as far towards the liberal end of the spectrum as they would go. I’ve never been in any way, I don’t even know if I’m centre-left. I’ve been outspoken about that since the beginning of my career. So yes I think it would be fair to say that me and Frank Miller have diametrically opposing views upon all sorts of things, but certainly upon the Occupy movement.

“As far as I can see, the Occupy movement is just ordinary people reclaiming rights which should always have been theirs. I can’t think of any reason why as a population we should be expected to stand by and see a gross reduction in the living standards of ourselves and our kids, possibly for generations, when the people who have got us into this have been rewarded for it; they’ve certainly not been punished in any way because they’re too big to fail. I think that the Occupy movement is, in one sense, the public saying that they should be the ones to decide who’s too big to fail. It’s a completely justified howl of moral outrage and it seems to be handled in a very intelligent, non-violent way, which is probably another reason why Frank Miller would be less than pleased with it. I’m sure if it had been a bunch of young, sociopathic vigilantes with Batman make-up on their faces, he’d be more in favour of it. We would definitely have to agree to differ on that one.”

Normalement, cet anglais-là, sans insultes diverses, reste compréhensible. Prenez votre parti, il n’empêche que des gens pensent comme lui, et ça fait peur…

  1. Excellent. Un pur bonheur de te lire !

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