blog from the dead

Les féministes Vs le féminisme

In Université Le P'tit Zombie on 3 novembre 2011 at 19:25

Par Lili Z’, l’insomniaque du moment.

Moi, je suis une fille. Ou plutôt une femme vu mon âge : 22 ans.

Toute ma génération a été élevée avec des valeurs féministes. Nos mères travaillent, les tâches ménagères sont (presque) partagées, les filles font plus d’études supérieures que les garçons, il existe des lois sur la parité au travail et en politique etc. Mais le féminisme ne se résume pas qu’à cela me direz-vous. Et bien, je pose la question.

La vision du féminisme que peut avoir un adolescent tout droit sorti du lycée s’apparente à du bourrage de crâne. Si l’on écoute simplement ce qu’enseigne l’éducation nationale sur ce thème, cela revient à étudier des dates comme le droit de vote des femmes en France (1944) en Histoire, à étudier des textes parlant de femmes battues en cours de langues étrangères, de parité politique en éducation civique, de poèmes contemporains en français. Les élèves sont tellement bombardés de ces valeurs à la mode depuis quelques décennies que le message ne passe pas et même pire, il a l’effet inverse.

Les médias dans tout ça ?

Entre les publicités où l’on voit des choses sensuelles comme , où des corps dénudés pour rien comme et des messages contre la violence conjugale, on s’y perd un peu. La presse n’est pas mieux : on connait tous les Marie-Claire et les Elle de nos mères. On connait aussi les magazines pour pré-adolescentes où les thèmes abordés sont l’acné, MSN et comment faire une bonne fellation à 14 ans.

Mais récemment est survenue une nouvelle tendance, plus féministe que jamais. Des choses qui sont censées intéresser les jeunes femmes de notre époque comme la mode de Grazia, les publicités de parfum, les photographies de mannequin, les régimes (pour l’avant Noël, l’après Noël, l’avant été, pendant la plage et l’après été), les test de « psychologie » et surtout, surtout, le sexe. Fluide G revendique à fond son statut de magazine pour les femmes qui sont à l’aise avec leur sexualité. Mais à y regarder de plus près, on y retrouve que de bons vieux clichés où la femme prend en main une sexualité libertine pour écraser le pouvoir que s’accorde les hommes depuis des lustres dans ce domaine là. Les dessins se disent drôles et décalés mais s’ils étaient utilisés ailleurs, ils seraient sexistes.

Alors merde, qu’est-ce que c’est que ce paradoxe chez les féministes ?

Les militantes ukrainiennes du Femen.

photo de Rue89

Avec certaines affaires médiatiques, du style DSK, je m’interroge de plus en plus sur le comportement des féministes qui, à mon sens, ne servent plus du tout une cause pourtant légitime au départ. En quoi prendre parti dans une affaire judiciaire d’accusation de viol sert les revendications féminines ? Comment fait-on d’un exemple une généralité ? En quoi s’habiller en soubrette et défiler seins nus permet de faire passer un message clair et logique ?

Vous allez me dire qu’il ne faut pas s’appuyer sur nos acquis, que de petites revendications naissent de grandes victoires, et que tous les moyens sont bons, même la provocation, pour faire entendre la voix des femmes. Mais y a-t-il vraiment une voix des femmes ? Toutes les femmes se retrouvent-elles vraiment dans ce genre de lutte ? Nécessairement, toute femme pense qu’obtenir un salaire égal pour un travail égal est évidemment une lutte utile. Mais quand il s’agit de plus petites choses ou même de combattre en dehors de nos frontières, les voix semblent moins homogènes.

Comment faire si nous ne sommes pas « féministes » ?

Le féminisme donne le droit aux femmes de choisir. Or, le discours féministe français impose désormais de lutter auprès de lui sous peine de ne pas être reconnu, voire pire, de ne pas être considérée comme femme libre et ayant réfléchi à ses actes. Par exemple, une femme est sans ambitions si elle désire être mère au foyer. Comment le mouvement féministe est arrivé au moment fatidique où ce n’est plus le machisme qui dicte la loi aux femmes, mais lui même… ?

Voici mon avis (qui ne tient pas qu’à moi d’ailleurs).

Je ne suis pas de celles qui défilent lors d’affaire de femmes bafouées. Je ne l’avoue pas, j’assume. Je suis de celles qui combattent la domination masculine sous silence. Je me bats contre certaines choses qui paraissent tellement normales qu’elles ne sont jamais remisent en question. Dans un lieu public, s’il ne doit y avoir qu’un seul WC pour personne handicapée, pourquoi est-il obligatoirement installé dans les toilettes pour dames ? Aucune réponse pratique car tout le monde sait que ce sont les plus utilisés, ceux où il y a toujours le plus de monde. Pourquoi l’homme conduit-il toujours la voiture familliale dans les publicités pendant que sa femme s’occupe des enfants installés à l’arrière ? Pourquoi est-ce la femme qui cuisine et le père qui rentre du travail puis  s’amuse avec sa fille dans ce spot publicitaire? Pourquoi a-t-on besoin d’une voix féminine et très sensuelle pour nous vendre un objet ? Pourquoi la contraception ne concerne que la femme ? Pourquoi une femme doit-elle obligatoirement désirer avoir un enfant ? etc.

Certains diront que cela ne fait pas plus avancer la cause féministe que d’autres luttes que j’ai cité plus haut. Pourtant, lorsque de telles habitudes « sexistes » cesseront d’être automatiques, le mouvement féministe cessera toute activité. Et je dirai même que j’expose là ma vision du féminisme au quotidien.

Moi, je suis une fille. Ou plutôt une femme et je ne suis pas de ce féminisme .

Sources des liens :

1_ Site web Youtube.fr (publicité Haagen-das)

2_ Site web Culture Pub (publicité pour Alinéa)

3_ Site web Fuide G.

4_ Site web Le Monde (article sur l’affaire DSK contre N. Diallo)

5_ Photographie sur Google images provenant du site web Jssnews

6_ Site web Wat.tv (publicité pour Coraya)

7_ Site web Les chiennes de garde

Publicités
  1. Tu pointes du doigt quelque chose de vrai : il y a autant de « féminismes » que de « féministes ». Ce qui crée la confusion, l’inaudibilité des messages et la mise en ridicule du mouvement général. De mon point de vue, « défiler seins nus » ou « être fière d’être une salope », je n’appelle pas ça du féminisme. Pourtant ces filles se revendiquent féministes. Il y a aussi ce qu’on appelle « le féminisme à la française », je trouve ça assez dégueulasse. Bref, je me dis que quand on s’y intéresse un peu, on voit les différences, mais d’un point de vue extérieur, tout ça c’est la même chose. Ce qui est complètement faux. Et le féminisme n’est pas le seul « mouvement » concerné. Prend n’importe quelle idéologie politique et tu en vois toutes les variantes possibles et inimaginables.

    Et je suis également d’accord avec toi pour ton combat au quotidien. Car le plus dangereux ce n’est pas ce qui est visible mais bien ce qui est profond, indiscernable, bien ancrée dans les mentalités aussi bien masculines que féminines. Là est le combat le plus dur. J’avais entendu un commentaire très intéressant : il y a ce féminisme, ce combat d’il y a quelques dizaines d’années où les revendications étaient l’égalité salariale ou le droit à l’avortement. Et il y a aujourd’hui, cette période où l’on croit que l’égalité est enfin là, que les revendications ont été écoutées, et où il est donc d’autant plus difficile au féminisme de se faire entendre « c’est bon circulez! que voulez-vous de plus ? »
    un société matriarcale ? le but n’est pas de remplacer une domination par une autre. Non, juste la fin de la société patriarcale qui est encore présente, pour preuve, tous ces petits détails que tu viens de citer.

    Mais une remarque, le combat des petits détails (avec tout ce qu’ils révèlent d’énorme) n’empêche pas pour autant la lutte contre les injustices bien visibles. L’un ne va pas sans l’autre. Je pense que tu es d’accord, mais ce n’est pas ce qui a l’air de transparaître dans ton article. Pour reprendre le titre d’un article (http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/04/non-au-proces-du-feminisme_1544480_3232.html), tu fais un procès au féminisme, celui visible lors de ces « grandes affaires » qui lui -ce procès-, dessert la cause en leur disant de se taire (?).

    • Quentin speaking.

      C’est intéressant ce que tu dis : effectivement, on fait un procès aux féministes « ridicules » si j’ose dire ; mais le problème c’est que ce féminisme là n’est pratiquement pas rejeté par les autres qui sont plus pertinents. L’exemple que j’ai en tête, c’est les campagnes de com sur l’anorexie où il y avait cette mannequin aujourd’hui décédée. Le relayage de ces idées avait été naze. Où sont les protestantes anti-DSK quand il faut parler d’un problème ultra-grave de la société, provoqué par des prétendus médias féministes qui assument leurs sexualités et leurs tailles 24 ?

      Au fond si les gens font l’amalgame entre tous ces mouvements, n’est-ce pas parce qu’ils (les mouvements) ont intérêt à se mélanger pour des raisons qui m’échappent…?

      Je pense que dès l’instant où il n’y a pas de différence claire de faite, l’impression féministe de l’opinion publique se fera dans une marmite où on mélange pub pour lotion intime et manif anti-Strauss Kahn.

      C’est con parce qu’il y a des mouvements et des revendications qui sont primordiales (la pénalisation des viols en France par exemple, qui est juste catastrophique). Je pense que tu seras d’accord avec moi sur le fait que la prochaine campagne puisse faire remonter aux nez des présidentiables les émanations de merde qui viennent des injustices sexuelles.

      Le débat est complexe, forcément. C’est un peu comme tenter de différencier les mouvements ouvriers : multitude des pensées, inexactitude des clichés.

  2. Si justement, le féminisme « pertinent » fait le procès au « pseudo-féminisme ». Mais sur la toile. L’info n’est jamais (rarement) relayée par les grands médias. ça passe plutôt inaperçu. Et je me dis que c’est peut-être pour ça qu’il y a ces « soubrettes au seins nus », pour se faire entendre par les grands médias. Ou pour exemple personnel : j’ai une amie, très engagé dans l’écologie. Lors d’une manifestation, son groupe a mis en scène un mariage homosexuel. Quel rapport avec l’écologie ? Rien, c’était juste pour qu’on parle d’eux, pour qu’enfin ils puissent parler de l’écologie aux médias ; et ça a marché.
    et puis, hormis le fait qu’on les entende/écoute pas, il y a la surmédiatisation du pseudo-féminisme. Et du coup, ce n’est plus seulement tenter de se faire entendre mais aussi se battre contre une machine médiatique. Il y a une femme, nommée Elisabeth Badinter, qui parle beaucoup, c’est une « féministe » qu’on entend assez. Mais quand on l’entend parler (je n’ai plus d’exemples en tête), beurk ça fait gerber. Elle est énormément critiquée dans le monde féministe parce que justement, ce monde-là ne la considère pas féministe. Mais ça n’empêche qu’un journaliste va accorder de l’importance à ce qu’elle dit, en précisant que c’est une vision féministe. Il y a de quoi s’arracher les cheveux, et à part sur le net, personne n’ira critiquer les paroles de cette femme. Tout, le problème c’est qu’il faut aller chercher la critique. Même quand la critique est évidente ; je sais pas si t’a entendu parler des propos d’Ivan Levaï sur le viol. Les blogs se sont déchaînés à ce moment-là, notamment parce que pas un journaliste en face de lui n’a remis en cause ce qu’il venait de dire (après, si), alors qu’il disait d’énormes absurdités. C’est un homme respecté, et je suis sûre qu’il mérite tout à fait ce respect, et donc ce qu’il dit prend beaucoup de valeur. Mais là, c’était juste choquant, et personne, hormis sur le net, n’a levé le petit doigt. Et encore moins le CSA.
    Après, je pense qu’il y a quand même des assoc qui sont écoutées. Parce qu’elles ont un côté sérieux, voire même « modéré ». Y a que par là que l’info peut réellement passée aux oreilles de tous.

  3. « Adieu lesbiennes refoulées, surexcitées,
    qui cherchent dans leur féminité une raison d’exister,
    Adieu ceux qui vivent à travers leur sexualité,
    danser sur des chariots, c’est ça votre fierté? »

    Et le droit à l’indifférence Noémie? Victoria l’a dit, bien des filles n’en ont rien à foutre et préfèrent de très loin se définir comme chef d’entreprise, comme joueuse de tennis, comme fan de mode, comme geek, comme chef d’Etat que comme femme. C’est une seule face de l’identité. Et plein de gens n’en ont rien à foutre d’être une femme.

  4. euh… oui
    là n’est pas mon propos ; on parlait de la confusion du vaste mouvement féministe

C'est ici qu'on commente

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :