blog from the dead

Les Trois Fromages nous emmènent là-bas

In Ouverture des oreilles on 2 novembre 2011 at 17:05

Par Quentin, qui habite à Paris et regrette parfois le Morbihan.

La pochette

Ok, donc en tant que grand admirateur de la bande Saint-Pierroise, je vais faire une review carrément longue, et certainement barbante pour le néophyte qui voudrait se mettre aux Trois Fromages. Voici donc la version courte de cet article : leur nouvel album, achetez-le.

Maintenant, jouons-la un peu 50min inside.

Affinez votre mémoire. Ou si vous voulez pas, allez directement au paragraphe « Cheese Powers ».

Pénétrant dans Quiberon, les yeux avertis regardent à gauche. L’âme errante du Romboz Café. Aujourd’hui, il n’est plus. Enfin, la dernière fois que je suis passé devant, ça avait une sale gueule. L’hiver sur la presqu’île, on se fait un peu chier. Maintenant, ça doit être pire.

En 2006, il se diffusait une démo intéressante dans le sud Bretagne. Cinq titres littéralement crachés, avec un son bien garage où on a tous compris que ce Gruyère avait une putain de voix. Bien sûr, on le savait déjà un peu : suffisait d’écouter Oxygène. « L’ai troi frommages » se fait une notoriété locale à force de performances et d’anecdotes. Si La Tartiflette a fait sourire un gros paquet de breton, Le chat de la voisine en a choqué pas mal d’autre. Les vieux ne comprennent pas les jeunes.

Non, vous ne rêvez pas. Dans 20 ans, ce truc sera inestimable

Pourtant, le trio file. Une image un peu keupon, un Myspace hyperactif et des titres hilarants. 2008, un nouvel EP, Pas live, un nom qui symbolise bien l’esprit décalé de la bande qui joue désormais au niveau des grands. Y’a des souvenirs, bons et moins bons, qui restent… du genre une première partie de Mademoiselle K à Lorient, ou encore l’accroche moisie de Pierre Mathieu « est-ce que vous connaissez Qui-be-ron ? » au M6 music live. Mars 2009, c’est le couronnement, avec Et puis zet, labellisé Beleive, et doté d’une couverture bluffante estampillée Hypesucks (voir affiche). L’album refond les classiques, et apporte une touche nouvelle. Elle se retrouve selon moi le plus dans J’aime pas la viande cuite : l’humour Ultra-Vomitique. D’ailleurs, c’est avec Foetus que la bande porte à l’écran Le Heavy-Metal, un clip travaillé qui vous fait du bien dans le dedans, et où on devine l’éclectisme des influences des Saint-Pierrois.

Bien loin le Chat de la voisine ?

L'unique déco de mon appart.

Oui, certainement. Le groupe a grandi. Pour preuve ce concert de juillet 2009 devant le Spar de Saint-Pierre-Quiberon, où madame la maire les balance comme des héros locaux. Honnêtement, quand j’ai vu que le public c’était 20% des jeunes fans, 20% des jeunes touristes qui pourraient éventuellement kiffer, et 60% des vieux touristes venus pour une sortie familiale s’attendant à du Tri Yann, j’ai eu comme un goût bizarre dans la bouche. Vite disparu cela dit.

Les temps changent. Myspace s’écarte, Facebook arrive. Une façon bien plus simple de diffuser la Cheesitude. Le nouvel album des Trois Fromages donc, une étape nouvelle, où l’on s’attend à une production plus complexe à l’image de Justine. Justement tiens ! Vous devinerez jamais ce que le facteur a apporté l’autre jour… .

Cheese Powers.

Je dois avouer, quand j’ai écouté les deux apéritifs (Cheese Powers & Sombre Héros) via Facebook, j’étais perplexe. Certes Sombre Héros est une très bonne chanson, mais je l’ai trouvée moins recherchée que d’autres.Moins que Cheese Powers par exemple. L’éponymie est justifiée, car on trouve dans son refrain toute la complexité charmante du trio. Porutant, il manquait un truc.

Alors un bref instant, j’ai eu peur. J’ai très vite été rassuré. Putain.

Brisons le suspense. OUI, Cheese Powers remplit son contrat. Un sans-faute instrumental, une belle surprise vocale, un sympathique voyage dans l’univers attachant des Trois From’.

Vocalement, une (bonne) surprise.

De Cannes à Nice est la première chanson que je découvre, Cheese Powers et Sombre héros ayant servi de teaser. La première baffe, c’est la voix de Yann. Celle d’Eric, on la connaissait puissante et solide, ce qui en faisait forcément la lead. Là… les deux donnent l’impression de faire sautiller les amplis. Un instant j’ai pensé que cétait Paul des Fatals Picards qui chantait (un style relativement différent, mais une voix so powerfull). Une impression qu’on retrouve aussi beaucoup dans La Ferme (puisqu’on parle des Fatals Picards…), mais surtout dans Ma botte au cul, cette dernière chanson méritant une mention spéciale sur laquelle je reviendrai. La seconde bonne surprise vient de la récurrence des chœurs. Pas vraiment une surprise en fait puisque le trio l’a toujours fait, mais dans Cheese Powers, la festivité des chants communs gagne un gros niveau. Par exemple, Ma raison d’être offre un crescendo surpuissant : une raison (parmi d’autres) de monter le son sur « très fort ».

Auditeurs qui rient, à moitié dans ton lit.

Se définissant comme « rock&drôle », ils ne pouvaient pas passer à côté de l’humour. Encore un succès. Car le pipi-caca a encore de beaux jours devant lui ! Surtout le pipi-caca sauce Trois Fromages, c’est-à-dire avec du cul et de la bière. Mon premier éclat de rire, ce fut sur Emmène-moi là-bas. Pourquoi ? Pour la subtilité du truc. On s’y attend pas, ça fait plaisir. L’humour un peu noir de La Ferme ou encore de J’ai une histoire triste rappelle un peu les potes de chez Ultra Vomit, mais hors de question de contester la parenté quiberonnaise des textes : y’a ce petit truc, cette constance du délire et la non-prise-au-sérieux si particulière aux Trois Fromages. Les gags sexuels sont plus présents que dans Et puis zet. Ça aussi ça fait plaisir. Avec tout ça, les gars abordent malgré tout des sujets sérieux : débilité de la télé ou débilité des surfeurs, faites votre choix.

Le sans-faute musical.

Accords puissants et précis. Rythmes qui font bouger la tête. Mélange des deux carrément bandant. Rien à dire sur ce côté-là. La qualité est celle des meilleurs, alors, du coup, on se demande qui sont réellement les meilleurs ?

La seule chose qui m’a fait bizarre, c’est l’équilibre voix-guitares sur certain morceau… La Wave ou Anal Satellite en l’occurrence. Bizarre parce que les instruments paraissent loin. Cela dit, on oublie très vite cette illusion musicale, grâce à quelque chose de magique : les soli.

Sur ce sujet-là, il y aurait beaucoup à dire. Les Trois Fromages se sont rock&rollisés avec les années. Et Cheese Powers se démarque par cette ambiance rock&roll, plus proche parfois des Chaussettes Noires que de Trust. Pourquoi les Chaussettes Noires ? Parce que bien des passages rappellent le groupe d’Eddy Mitchell : Anal Satellite en tête, puis Ma cigarette. Des schemas un peu Johnny Be Goode qui caractérisent comme il faut l’étiquette « Punk Rock », et confirment que ce style la, c’est pas pour les fiottes. Ainsi donc, Anal Satellite me rappelle un titre cultissime de The Living End, E-boogie, où guitare, batterie et contrebasse se font l’amour comme des singes Bonobo. Déjà, la publication sur Facebook de cette photo laissait présager le meilleur… .

Retour de quelques mesures de Ska, qu’on avait aperçu dans Et puis zet, particulièrement dans De Cannes à Nice, une référence clair à une célèbre chanson d’un célèbre groupe espagnol qu’on laissera à l’auditeur le plaisir de deviner. En général, les références ne manquent pas. Je mange déséquilibré nous offre un wonderful tribute à AC/DC avec ses « oï » de fin couplé à une grosse cloche. A noter au passage que le thème de la nourriture est quelque chose d’assez récurrent. Peut-être plus que le sexe même… . Le Trois Fromages, plus gourmets que vicieux ? Le débat est ouvert.

La ferme, c’est à mes yeux, du Punk version Trois Fromages 2006. La chanson est un alignement de mesure rappelant Le Caribou ou Le Père Noel. Le trio tape dans plein de styles différents, y compris l’acoustique : 20/20 pour J’ai une chanson triste, où on aura l’immense plaisir d’entendre un harmonica. Le revers de la médaille, c’est sans doute la contrainte d’une 4e gratte sur scène. Comme en 2009 donc, je pense que les Trois Fromages vont se la jouer Green Day.

Ça y est, j’ai fait le tour. Ah non ! J’ai dit que je parlais de Ma botte au cul. Cette chanson, numéro 6 sur 13, est une autre claque. Un morceau qui restera dans les annales, parce qu’il est festif et communautaire, parce qu’il est comme une chanson paillarde de vieux marins, et parce que pour clore un concert dans un bar, il n’y a sans doute pas mieux. Parce que aussi, les bagpipes sonnent quand même carrément bien. Breizh Power.

Voilà, j’en ai dit beaucoup, mais pas assez pour mettre parfaitement en mots ce nouvel opus des Trois Fromages. Il vous reste une chose à faire : commander. Parce qu’à Noël pour le petit cousin, c’est parfait. Pour faire passer des messages (« chérie ? turlututu, chapeau pointu ?« ), ou simplement pour mettre dans l’autoradio et se la péter, c’est aussi parfait.

A ne pas manquer non plus, la tournée. Un bon moment garanti.

Peut-être un jour, leurs statues en granit sur la jetée de Port-Orange. Peut-être.

Yann, Will & Eric

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  1. […] où Les Trois Fromages s’épanouissent dans la nourriture, Justine est un collectif comparable à une équipe de football. Uniquement constituée d’ailiers […]

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